Après notre safari dans la Nagharole Tiger Reserve, nous rejoignons Thirunelly, un village du nord du Wayanad installé au pied du massif de Brahmagiri. On vient ici pour marcher dans la forêt, observer les animaux autour des rizières, se baigner dans la rivière et visiter l’ancien temple consacré à Vishnu.
Nous posons nos sacs au Klov Resort, entre cultures et jungle. Les macaques occupent les arbres du jardin. Les éléphants, eux, attendent généralement la nuit pour descendre dans les rizières situées au pied de l’hôtel.
Sommaire
- Que faire à Thirunelly dans le Wayanad ?
- Se promener le long de la rivière de Thirunelly
- Visiter le temple de Thirunelly
- Faire le trek de Brahmagiri depuis Thirunelly
- Goûter les produits locaux du Wayanad
- Où dormir à Thirunelly ?
Que faire à Thirunelly dans le Wayanad ?
Thirunelly est installé dans une vallée entourée par les montagnes de Brahmagiri, à proximité de la frontière entre le Kerala et le Karnataka. Les rizières occupent les rares terrains plats, tandis que la forêt recouvre les versants.
La présence humaine reste concentrée autour du village, des cultures et de la route. Quelques centaines de mètres plus loin, les arbres referment le paysage. Cette proximité entre les habitations et la jungle explique la fréquence des rencontres avec les macaques, mais aussi le passage nocturne des éléphants dans les champs.
Les principales activités de la région sont accessibles depuis le village :
- la promenade et la baignade le long de la rivière ;
- la visite du temple de Vishnu de Thirunelly ;
- le trek guidé dans la réserve de vie sauvage de Brahmagiri ;
- la rencontre avec les producteurs de café, d’épices et de miel sauvage.
Thirunelly se trouve à environ 30 kilomètres de Mananthavady. Le massif de Brahmagiri forme une partie des Ghâts occidentaux et marque ici la limite entre le Wayanad, au Kerala, et le district de Kodagu, au Karnataka.

Se promener le long de la rivière de Thirunelly
Depuis le Klov Resort, un chemin descend vers la rivière avant de longer les rizières.
En fin de journée, les habitants viennent s’y baigner et chercher un peu de fraîcheur. Les enfants sautent depuis les rochers pendant que les adultes discutent dans les zones peu profondes.

La baignade est possible dans certains bassins naturels, notamment dans les zones calmes situées près du village et des hébergements. Le niveau de l’eau varie cependant fortement selon la saison. Pendant et après la mousson, le débit peut augmenter rapidement. Il faut également se méfier des pierres glissantes et des sangsues présentes dans les zones humides.
La promenade le long de la rivière suit d’abord les cultures, puis pénètre progressivement sous les arbres. Les berges accueillent de nombreux insectes, et différentes espèces d’oiseaux : un grand coucal traverse la zone humide, tandis que les Vanneaux indiens, Capucins dominos et Tourterelles tigrines explorent les rizières. Dans la jungle, résonne le chant du Calao gris.
Dans les arbres, un écureuil géant indien se signale par des cris rauques évoquant des aboiements. En comptant sa queue, il peut approcher un mètre de longueur. Cette espèce essentiellement arboricole se déplace par grands bonds entre les branches et construit plusieurs nids sphériques dans la canopée.


Un peu plus loin dans la forêt, nous remarquons de longues griffures sur un tronc. Ces marques peuvent être utilisées par les grands félins pour signaler leur présence. Les tigres communiquent aussi par des dépôts odorants, de l’urine et des zones grattées au sol. Une marque isolée ne permet toutefois pas d’identifier avec certitude son auteur sans empreintes, poils ou autres indices.
Le tigre est bien présent dans le massif de Brahmagiri, mais son observation reste rare. La végétation est dense et les animaux évitent généralement les humains. La lumière baisse rapidement sous les arbres. Hubert rappelle alors que les tigres peuvent attaquer par derrière et suggère que nous sortions dos à dos. Nous quittons finalement la forêt beaucoup plus vite qu’à l’aller.
A la nuit tombée, la rivière change complètement d’ambiance : les grenouilles prennent le relais des oiseaux. Il est préférable de rester sur les chemins proches du village. La forêt est fréquentée par des éléphants, parfois agressifs s’ils ont leurs petits ou s’ils se sentent en danger.


Visiter le temple de Thirunelly
Le temple de Thirunelly est consacré à Maha Vishnu, l’une des principales divinités de l’hindouisme. L’accès général au temple est gratuit. Il est ouvert de 5h30 à 12h30, puis de 17h30 à 20h30. Les offrandes et les différentes cérémonies sont payantes selon le rituel demandé.
Le sanctuaire présente une architecture traditionnelle du Kerala, avec des bâtiments bas, des toitures inclinées et une cour entourée de galeries. L’idole principale représente Vishnu sous sa forme à quatre bras, tenant une conque, un disque, une masse et une fleur de lotus.
Le temple est associé au Papanasini, un ruisseau qui descend des montagnes de Brahmagiri. Il se trouve à environ un kilomètre du sanctuaire. Les fidèles y accomplissent des rites destinés aux ancêtres et aux défunts. Dans la tradition hindoue locale, ses eaux sont considérées comme purificatrices.
Lors de notre passage, l’accès à une partie du temple nous a été refusé, en raison d’une cérémonie en cours. Les règles et les horaires peuvent varier selon les espaces et les rites pratiqués. Il convient bien sûr de respecter les cérémonies, d’éviter de photographier les fidèles sans autorisation et de suivre les consignes données à l’entrée. Une tenue couvrant les épaules et les jambes est recommandée. Il faut également retirer ses chaussures avant d’entrer dans l’enceinte du sanctuaire.
Autour du temple, plusieurs petites boutiques vendent des objets religieux, du café, des épices et quelques produits locaux.


Faire le trek de Brahmagiri depuis Thirunelly
Le trek de Brahmagiri commence au poste du Département des forêts de Thirunelly. Le parcours traverse des forêts humides, des zones fréquentées par les éléphants et des prairies d’altitude. Il doit obligatoirement être effectué avec un guide agréé par le Kerala Forest Department.
Nous avons malgré tout tenté de partir seuls. Deux agents nous ont interceptés lorsque nous arrivions au mirador, après 2 heures de marche : ils nous ont repérés grâce aux pièges photo normalement destinés au comptage de la faune. Nous avons reçu une amende, mais le droit de revenir le lendemain pour une randonnée accompagnée d’un guide, sans repayer la visite.

Nous avons donc bénéficié d’une randonnée gratuite, précédée d’une contribution administrative imprévue. Sinon, la réservation est proposée sur le portail officiel de Kerala Forest Ecotourism. Les places sont limitées et mieux vaut réserver avant d’arriver, notamment pendant les week-ends et la saison sèche. Comp
Le parcours officiel mesure environ 10 kilomètres, avec un dénivelé positif de 800 mètres. Il faut généralement compter cinq à six heures pour l’aller-retour. Le sommet atteint environ 1 608 mètres d’altitude. Les départs proposés sont fixés le matin entre 7h30 et 9h. Le tarif était de 700 roupies par personnes, auquel il faut ajouter 600 roupies pour le guide (quel que soit la taille du groupe.
Les guides sont des jeunes villageois, plus ou moins formés à la biodiversité du site. Nous avons eu de la chance, notre guidée était un fervent ornithologue, nous avons découvert de nombreuses espèces d’oiseaux ! Nous progressons donc très lentement, en nous arrêtant au moindre chant.
Au sol, des papillons se rassemblent sur les zones humides. Nous observons notamment des tigres vitreux, Parantica aglea, accompagnés de plusieurs papillons sombres du groupe des corbeaux. À l’entrée d’un terrier tapissé de soie, une araignée-loup attend le passage d’une proie. Elle perçoit les vibrations transmises par le sol et peut surgir en quelques fractions de seconde.


Dans la canopée, le drongo à raquettes se reconnaît à ses longues plumes caudales terminées par deux palettes. L’espèce est capable d’imiter les cris d’autres oiseaux. Ces imitations peuvent servir à éloigner un concurrent ou à provoquer une réaction permettant au drongo de récupérer de la nourriture.
Un groupe de langurs du Nilgiri apparaît ensuite dans les arbres. Contrairement aux entelles aux pieds noirs observés près de Tholpetty, ils sont étroitement associés aux forêts humides des Ghâts occidentaux.


Le guide nous montre aussi des empreintes d’éléphants et plusieurs marques sur les troncs. Le tigre utilise la réserve, mais sa présence se devine plus souvent par ses traces que par une observation directe.
La forêt laisse ensuite place à de vastes prairies tropicales. Cette mosaïque de boisements et de zones herbeuses est caractéristique des reliefs élevés des Ghâts occidentaux. Dans les secteurs humides pousse le curcuma sauvage, Curcuma aromatica. Sa partie aérienne disparaît pendant la saison sèche, puis repousse à partir du rhizome avec le retour des pluies.
Le sentier atteint finalement la crête marquant la frontière entre le Kerala et le Karnataka. Pus nous rebroussons chemin, nous serons de retour au point de départ à 14h.

Goûter les produits locaux du Wayanad
Le Wayanad ne se résume pas à ses forêts et à ses éléphants. Cette région de moyenne montagne bénéficie d’un climat particulièrement favorable à l’agriculture et produit une grande partie des cafés, des épices et des fruits cultivés dans le nord du Kerala.
À Thirunelly, les petites boutiques qui entourent le temple proposent justement une bonne partie de ces productions locales. Les paquets de café côtoient le poivre noir, la cardamome, la cannelle, le clou de girofle, la muscade ou encore le curcuma. Contrairement aux grands magasins des villes, les produits proviennent souvent directement des plantations voisines.
Le café est l’une des principales cultures du Wayanad. Les caféiers poussent sous couvert forestier, à l’ombre de grands arbres qui limitent l’évaporation et maintiennent une température plus fraîche. Cette culture agroforestière favorise une biodiversité bien supérieure à celle des plantations intensives. Le robusta domine largement dans le secteur, même si quelques plantations cultivent également de l’arabica sur les versants les plus élevés.
Impossible également de passer à côté du poivre noir, parfois surnommé le « roi des épices ». Les longues lianes s’enroulent autour des arbres servant de tuteurs naturels. Depuis l’Antiquité, cette épice a largement contribué à la richesse commerciale de la côte de Malabar.

Au petit-déjeuner, nous retrouvons presque chaque matin le puttu, l’une des spécialités les plus populaires du Kerala. Ce cylindre de farine de riz cuite à la vapeur, alternant avec de fines couches de noix de coco râpée, est généralement servi avec des pois chiches au curry (kadala curry), des bananes ou simplement un peu de sucre et de noix de coco.
Le miel sauvage fait également partie des produits emblématiques du Wayanad. Certaines communautés vivant à proximité des forêts récoltent encore le miel des colonies installées dans les grands arbres ou sur les falaises.
Nous avons eu la chance de rencontrer l’un de ces récoltants perché dans un arbre, occupé à prélever quelques rayons d’une colonie d’abeilles sauvages. Il nous a proposé d’en goûter un morceau directement sur place. Le miel était très différent de celui que l’on trouve habituellement en magasin : plus parfumé, légèrement résineux, avec une texture irrégulière mêlant miel liquide, cire et pollen. Son goût varie selon les floraisons de la forêt et la saison de récolte.
Dans les marchés du Wayanad, on trouve également de nombreux produits transformés à partir des récoltes locales : confitures de fruits tropicaux, bananes séchées, noix de cajou grillées, cacao, huiles essentielles, ainsi que des préparations à base de curcuma ou de gingembre utilisées aussi bien en cuisine que dans la médecine ayurvédique.
Même sans être un grand amateur de gastronomie, il serait dommage de quitter le Wayanad sans rapporter un paquet de café fraîchement torréfié ou quelques épices produites sur les collines voisines.


Où dormir à Thirunelly ?
Nous avons dormi au Klov Resort & Spa, situé entre la rivière, les rizières et les forêts de Brahmagiri.
L’établissement accueille principalement des familles. Il propose plusieurs catégories de chambres, dont des cottages proches de la rivière, ainsi qu’une piscine, un restaurant et des espaces ouverts sur la végétation. Le personnel peut aider à organiser le trek de Brahmagiri ou à obtenir des informations auprès du poste forestier. Le principal avantage du Klov est sa situation. On peut partir à pied vers la rivière et les rizières, sans reprendre la voiture.
Les macaques à bonnet sont très présents autour de l’hôtel. Ils circulent sur les toits, dans les arbres et à proximité des balcons. Ils connaissent parfaitement les habitudes des clients et inspectent rapidement les tables, les sacs et les fenêtres laissées ouvertes. Il vaut mieux ne pas les nourrir et conserver les aliments à l’intérieur. Le nourrissage renforce les comportements de mendicité et peut rendre les animaux agressifs.
La nuit, les éléphants descendent parfois dans les rizières situées au pied de l’hôtel. Selon le personnel, leur passage se produit surtout au cœur de la nuit, souvent entre deux et quatre heures du matin. L’observation n’est évidemment jamais garantie.

En quittant Thirunelly…
En quelques jours, le Wayanad nous aura montré des visages très différents. Les rives paisibles de la rivière Kabini, les plaines herbeuses fréquentées par les éléphants, les pistes cahoteuses de Tholpetty, les forêts profondes de Brahmagiri, les rizières où les éléphants viennent parfois dîner en pleine nuit, ou encore les petits commerces où café, épices et miel sauvage racontent une autre facette de la région.
À bien des égards, cette étape résume ce qui nous a le plus marqué au Kerala : une nature omniprésente, où les villages, l’agriculture et la faune sauvage cohabitent au quotidien. Les grands mammifères ne vivent pas dans un parc éloigné des hommes ; ils partagent le même territoire, les mêmes chemins et, à l’occasion, les mêmes rizières.
Si vous découvrez notre itinéraire, nous vous conseillons de commencer par notre arrivée à Kochi, porte d’entrée du Kerala, où nous racontons les premiers kilomètres de ce voyage jusqu’à Kadalundi, et ses plages de la mer d’Arabie, ses mangroves et son sanctuaire ornithologique, avant de nous suivre vers les montagnes du Wayanad et les forêts des Ghâts occidentaux.

FAQ
Combien de jours rester à Thirunelly ?
Deux nuits constituent un minimum pour visiter le temple, marcher autour de la rivière et effectuer le trek de Brahmagiri. Trois nuits permettent de ralentir un peu, d’ajouter une sortie nocturne consacrée aux amphibiens et de garder une marge en cas de fermeture temporaire de la réserve.
Le trek de Brahmagiri est-il difficile ?
La randonnée reste accessible à une personne en bonne condition physique. L’aller-retour représente environ 10 km avec un dénivelé positif de 800m, mais la chaleur et l’humidité rendent l’effort plus important qu’il n’y paraît.
Peut-on faire le trek sans guide ?
Non. L’accompagnement par un guide agréé est obligatoire. Nous avons essayé… et nous avons rapidement reçu une amende avant de revenir le lendemain dans les règles.
Quel est le meilleur moment pour visiter Thirunelly ?
La saison sèche, de décembre à mai, est la plus agréable pour les randonnées. Après la mousson, la végétation est magnifique, mais les sentiers sont plus glissants et les sangsues particulièrement nombreuses.




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