Nous quittons Kadalundi et la côte du Kerala pour rejoindre les montagnes du Wayanad. Cette région marque l’entrée dans l’une des zones naturelles les plus riches du sud de l’Inde. Entre rivières, bambouseraies, plantations de café et vastes réserves naturelles, elle constitue une étape idéale avant de partir à la recherche des tigres de la Réserve Nagarhole.

Sommaire
- De Kadalundi au Wayanad
- La rivière Kabini, colonne vertébrale du Wayanad
- Le réservoir de Kabini, une savane née d’un barrage
- Randonnée au Crystal Kuruva, dans la bambouseraie
- Où dormir dans le secteur de Kabini ?
- En route vers le Tiger Reserve de Nagarhole
De Kadalundi au Wayanad
Après plusieurs jours passés sur la côte de Kadalundi, nous quittons les lagunes et les plages du Kerala pour rejoindre les montagnes de l’intérieur. En une centaine de kilomètres seulement, les cocotiers disparaissent progressivement au profit des plantations de café, des bambouseraies et des forêts tropicales.
Le trajet est pourtant loin d’être rapide. Les routes sinueuses gravissent les reliefs du Wayanad à travers une succession de lacets où les camions imposent leur rythme. En un peu plus de trois heures, le paysage change complètement.
Le Wayanad occupe un vaste plateau perché entre 700 et plus de 2 000 mètres d’altitude. Son relief appartient aux Ghâts occidentaux, une chaîne de montagnes vieille de plusieurs dizaines de millions d’années, classée au patrimoine mondial de l’UNESCO pour son exceptionnelle biodiversité.
Les fortes précipitations liées à la mousson entretiennent une végétation particulièrement dense. Cette combinaison de relief, de climat et d’isolement géographique explique la présence d’un grand nombre d’espèces endémiques, aussi bien chez les plantes que chez les amphibiens, les reptiles ou les oiseaux.
Le Wayanad constitue également un maillon essentiel de la Réserve de biosphère des Nilgiris. Les corridors forestiers relient plusieurs grands espaces protégés et permettent aux éléphants, aux gaurs, aux léopards et aux tigres de circuler librement entre le Kerala, le Karnataka et le Tamil Nadu.
C’est ici que prend naissance la rivière Kabini, fil conducteur de notre étape.

La rivière Kabini, colonne vertébrale du Wayanad
La Kabini prend sa source dans les Ghâts occidentaux, au nord-est du Kerala, où plusieurs torrents forestiers se rejoignent avant de descendre vers le Karnataka. Alimentée par les pluies abondantes de la mousson, elle parcourt près de 230 kilomètres avant de rejoindre le fleuve Cauvery.
Dans le Wayanad, la rivière rythme la vie quotidienne. Les rizières dépendent directement de son eau, les villages se sont développés le long de ses berges et les habitants continuent de l’utiliser pour la lessive, la toilette ou la baignade.
Lorsque nous arrivons au bord de l’eau, les lavandières battent le linge contre les pierres pendant que les conversations couvrent le bruit du courant. Quelques mètres plus loin, des enfants plongent et jouent dans la rivière.

Ce qui surprend le plus, c’est qu’ils se baignent dans une rivière où vit pourtant le crocodile des marais (Crocodylus palustris). L’espèce est régulièrement observée sur la Kabini. Contrairement au crocodile marin, beaucoup plus agressif, elle provoque relativement peu d’accidents dans cette région. Les habitants connaissent sa présence mais continuent à fréquenter la rivière comme ils l’ont toujours fait.
La Kabini constitue aussi un véritable corridor écologique reliant les forêts du Wayanad, de Nagarhole et de Bandipur. Les éléphants l’utilisent comme repère lors de leurs déplacements, tandis que les grands herbivores viennent quotidiennement s’y abreuver.


Les oiseaux sont omniprésents. Les cormorans sèchent leurs ailes sur les branches mortes. Les anhingas roux nagent presque entièrement immergés, ne laissant dépasser que leur long cou. Les becs-ouverts indiens parcourent les berges à la recherche d’escargots.
Au-dessus de l’eau, les sternes effectuent de rapides allers-retours tandis que les guêpiers de Leschenault capturent les insectes en plein vol. Les rolliers indiens, perchés sur les fils électriques, attendent patiemment qu’un lézard ou un gros insecte s’aventure au sol.


Le réservoir de Kabini, une savane née d’un barrage
En poursuivant notre route vers le Karnataka, les forêts s’ouvrent soudain sur une immense étendue d’eau bordée de vastes prairies. Il s’agit du réservoir de Kabini.
Ce paysage est né dans les années 1970 avec la construction du barrage de Beechanahalli, destiné à irriguer les terres agricoles, produire de l’électricité et réguler les débits du fleuve Cauvery.
Pendant la mousson, le réservoir recouvre les anciennes vallées. Mais lorsque la saison sèche s’installe, le niveau de l’eau baisse parfois de plusieurs mètres. De vastes plaines herbeuses apparaissent alors.

Ces prairies temporaires constituent l’un des habitats les plus riches du sud de l’Inde. Les jeunes pousses profitent des sédiments déposés par les eaux et attirent une forte concentration d’herbivores. Les éléphants y forment parfois des troupeaux de plusieurs dizaines d’individus. Gaurs, sambars, cerfs axis et sangliers viennent également y pâturer.
Cette abondance de proies attire naturellement les prédateurs. Tigres, léopards et dholes fréquentent régulièrement les abords du réservoir, ce qui explique la réputation du secteur pour l’observation de la faune.


Randonnée au Crystal Kuruva, dans la bambouseraie
Avant de rejoindre les grands espaces de Kabini, nous partons marcher dans la réserve forestière Padiri.
Le sentier disparaît rapidement sous une immense bambouseraie. Les tiges, hautes de plusieurs dizaines de mètres, grincent au moindre souffle de vent. La lumière peine à atteindre le sol où les lianes relient les troncs dans un enchevêtrement permanent.

Nous franchissons plusieurs fossés anti-éléphants creusés pour empêcher les animaux de pénétrer dans les cultures voisines. Avant d’approcher une source, notre guide s’arrête pour manger bruyamment quelques crackers. Son objectif est simple : signaler notre présence afin d’éviter de surprendre un éléphant.

Les oiseaux restent souvent invisibles, mais leurs chants résonnent dans toute la forêt. Le Shama à croupion blanc enchaîne les phrases mélodieuses tandis qu’un Pic de Malabar martèle régulièrement un tronc à la recherche d’insectes.


En quelques centaines de mètres seulement, la forêt laisse finalement place aux plantations de café, aux palmiers d’arec et aux rizières. Une transition brutale entre nature sauvage et paysages façonnés par l’homme.

Où dormir dans le secteur de Kabini ?
Le secteur de Kabini constitue une excellente base pour visiter à la fois le Wayanad, le Tiger Reserve de Nagarhole et le réservoir de Kabini.
Nous avons choisi de séjourner au Crystal Kuruva Nature Resort, installé au pied d’une colline couverte de jungle. L’établissement est entouré de rizières, de plantations de café, et de jungle.
Son emplacement permet de partir très tôt en randonnée dans les bambouseraies avant les fortes chaleurs, tout en restant à une distance raisonnable de l’entrée de Tholpetty pour le safari du lendemain.
Pour ceux qui souhaitent privilégier l’observation de la faune, il existe également plusieurs lodges directement installés au bord du réservoir de Kabini, côté Karnataka. Ils permettent d’accéder rapidement aux safaris de Nagarhole, mais sont généralement plus onéreux que les hébergements situés dans le Wayanad.

En route vers le Tiger Reserve de Nagarhole
Le lendemain, nous franchirons la porte de Tholpetty pour pénétrer dans le Tiger Reserve de Nagarhole. L’un des derniers grands sanctuaires de la faune indienne, où nous espérons enfin croiser celui qui règne sur ces forêts : le tigre.





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